Au lendemain de la "grande guerre", l'architecte allemand Herman Sörgel imagine que l'Europe, dévastée et déchirée, pourrait se fédérer autour d'un immense projet, par ailleurs créateur de nouvelles richesses. Son idée repose sur la construction d'un gigantesque barrage qui fermerait le détroit de Gibraltar. Sörgel pense ainsi pouvoir obtenir, par évaporation, une baisse du niveau de la Méditerranée qu'il quantifie à 80 centimètres par an...

1930- projet de Herman SorgelLe 1er mars 1928, Sörgel publie une première étude qui porte sur l'utilisation de l'eau qu'il destine à l'irriguation du désert du Sahara. Son projet, nommé Atlantropa, est présenté sous la forme d'une grande exposition itinérante qui circule dans toute l'Allemagne entre 1930 et 1933. La presse se fait largement l'écho de ce projet et plusieurs livres y sont consacrés, ainsi que de nombreuses conférences et des films documentaires.

Une grande quantité d'ingénieurs et d'architectes s'enthousiasment avec Sörgel, tel l'ingénieur suisse Bruno Siegwart, directeur de la compagnie Shell, qui dessine les plans d'un barrage colossal pour Gibraltar. Tous ensemble, ils planifient les cultures pour les nouvelles terres, anticipent les modifications du climat, dessinent une voie ferrée allant de Berlin à Le Cap, créant ainsi un monde dans lequel la race blanche aura un futur radieux.

Herman Sörgel tente ensuite de rallier Adolf Hitler et Benito Mussolini à Atlantropa. Pour l'heure, le chancellier allemand préfère agrandir l'espace vital de l'Allemagne vers l'est en éliminant les juifs et les slaves. Le duce d'Italie est, lui, hostile à l'idée d'assècher ses ports. Au début des années 1950, le projet Atlantropa renaît sous le nom d'Eurafrica. Il tombe lui aussi dans l'oubli, Sörgel l'ayant couplé à la création d'un... gouvernement mondial.