L'îlot turque de Yassiada, dans la mer de Marmara, est gardé comme une forteresse. Des bateaux de la marine turque patrouillent sans cesse, empêchant les embarcations d'approcher à moins de 3 kilomètres et le survol de Yassiada est également interdit. Quelques 500 ex-dirigeants de l'état turc y sont détenus, entassés dans de vieux baraquements de la marine nationale.

1960-Adnan Menderes

Parmi eux, Celal Bayar, ex-président de la République, Adnan Menderes, ex-premier ministre (pro-islamiste), environ 400 députés du Parti Démocrate et d'ex-chefs d'état-major y attendent leur procès.

Ils ont été arrêtés après le coup d'état militaire du 27 mai et la Haute Cour de justice est désormais chargée de les juger. Leur procès commence le 14 octobre : 5 juges civils et 3 juges militaires doivent décider de leur sort...

Salim Basol, président du tribunal, ouvre les débats d'un procès qu'encadre une nouvelle Constitution.

Cette dernière permet la tenue de tribunaux d'exception et autorise également l'application de la peine de mort à l'encontre de personnes âgées de plus de 65 ans...

Or c'est précisément le cas de Celal Bayar, l'ex-président de la République laïque de Turquie.

L'article 10 de la nouvelle constitution provisoire stipule en outre que ni les prévenus ni leurs avocats ne peuvent examiner leur dossier et que les inculpés n'ont pas le droit de parler à leurs défenseurs. Les militaires reprochent aux ex-dirigeants et aux ex-élus du Parti Démocrate d'avoir proclamés que leur parti est le seul parti politique de Turquie qui soit habilité à gouverner... au nom de l'islam.