Le 30 juillet, quelques jours avant le début officiel du conflit, le ministère de la Guerre met en place un service de censure. Une loi datant de 1849 sur "l'état de siège" est réactivée par le gouvernement français, qui y rajoute le 5 août un décret sur les "indiscrétions de la presse en temps de guerre". Pratiquement tout ce qui, de prés ou de loin, a un rapport avec la guerre est désormais soumis à cette censure...

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L'armée peut empêcher les publications des journaux mais peut aussi interdire les réunions.

Par ailleurs, les avis de décès ne doivent pas mentionner le lieu où la mort s'est produite et il est rigoureusement prohibé de faire un tant soit peu de propagande en faveur de la paix.

Pendant toute la durée de la guerre, quelques 5.000 censeurs répartis en 22 commissions vont continuellement contrôler la presse et tout le courrier des français...

Ils ouvrent quelques 100.000 lettres de soldats par semaine et y suppriment tout ce qui dévoile les horreurs de cette guerre.

Les "poilus" qui obtiennent une permission à l'arrière du front ont l'interdiction formelle de parler de ce qu'ils ont vus et vécus.

En 1916, "Le Feu", le roman d'Henri Barbusse qui parle de ce conflit, est amputé par la censure de passages jugés trop réalistes. Malgré cela, il obtient cette année là le prix Goncourt.

Cependant tout contrôler s'avère difficile parfois : lorsque l'armée allemande fait une percée qui l'amène à 25 km de Paris, le gouvernement et la censure sont impuissants à empêcher la presse de faire état de ce que des dizaines de milliers de français savent déja pour l'avoir vu de leurs propres yeux. Toutefois, il faudra attendre 1918 avant que ne naisse un semblant de contestation journalistique de la censure.